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minorités, patriarcat, politique

De l’indignation sélective des mecs anars…en général par léo thiers-vidal

http://1libertaire.free.fr/leovidal.html

Les journées libertaires de La Gryffe ont permis d’assister à un n-ième remake de: Antisexisme « bonne conscience » – le retour (de bâton). Non seulement les débats sur les rapports femmes-hommes ont été marqué par un refus systématique de la part des mecs d’entendre les critiques féministes libertaires dans toute leur ampleur mais en plus les critiques réactionnaires ont vite fait surface, distinguant les « bonnes » féministes libertaires des « mauvaises » – divisons pour mieux régner. Résultat: les mecs se sont évités toute remise en cause, bénéficient encore une fois de leur place de dominant et font payer les féministes qui se sont opposées à leur pouvoir.

Quelques faits qui ont à mon avis mené à l’action symbolique et libertaire des féministes:

* Lors du débat sur le pouvoir en milieu militant (animé par P. Coutant) une première discussion a eu lieu sur le machisme et la domination masculine. Si ce débat avait débuté par une remise en cause des hommes, il a rapidement glissé vers une critique du féminisme et des féministes. En effet, plusieurs hommes ont affirmé qu’il ne fallait pas se limiter au patriarcat (comme si ceci était le propos des anarchaféministes) car il y avait également d’autres oppressions et que de toute façon le pouvoir était une chose diffuse donc on ne pouvait cibler ses critiques sur les hommes concrets, et finalement que les féministes agissaient quelques fois de façon terroriste et culpabilisante vis-à-vis des mecs. Malgré un début intéressant, une remise en cause du pouvoir mâle en milieu militant n’a pas eu lieu.
* Le débat sur l’ordre patriarcal n’a lui non plus pas abordé le pouvoir mâle en général et en milieu libertaire, car plusieurs hommes et femmes ont demandé aux féministes luttant en non-mixité d’expliquer, de ré-expliquer et de justifier leur mode d’action. Plusieurs personnes ont pendant une heure et demie, accepté d’expliquer pourquoi la non-mixité femmes leur semblait indispensable à la lutte féministe. Le climat général était, à mes yeux, à la critique de la non-mixité et non des hommes et de la domination masculine – ce qui est effarant pour un débat sur l’ordre patriarcal. *
Lors de ce débat un homme à violemment interrompue une femme voulant intervenir sur la non-mixité sans que celui-ci ait été collectivement remis à sa place voire viré.
* Vers la fin du débat, une féministe libertaire a plusieurs fois posé qu’elle voulait enfin aborder le thème de l’ordre patriarcal mais cette demande a reçue une fin de non-recevoir majoritaire, ce qui revenait de fait à un refus d’aborder l’ordre patriarcal.

Tandis que plusieurs débats auraient pu aborder le patriarcat, force est de constater que les libertaires n’ont pas voulu remettre en cause la domination masculine. Il me semble donc logique et réjouissant qu’une vingtaine de féministes ont décidé lors du débat final sur le mouvement libertaire d’intervenir non-verbalement pour dénoncer le silence complaisant des anars concernant l’oppression que subissent les femmes. De nouveau, les libertaires n’ont pas voulu entendre les critiques anarchaféministes, ont refusé de s’interroger sur leur propre participation active à l’oppression des femmes et ont préféré s’indigner comme des bons cathos dérangés en pleine messe: « Ces féministes sont des lesbiennes (!), des séparatistes, des manipulées, des maoïstes voire des fascistes ». Un mec m’a même sorti que si cela se passerait dans un événement qu’il avait coorganisé, il aurait fait intervenir le service d’ordre pour virer ces saboteuses à coup de batte de base-ball si nécessaire. En gros, il a été considéré intolérable que des anarchaféministes dénoncent l’oppression des femmes, et surtout de cette façon-là. « Car si on peut comprendre les motifs (et encore, il y a mieux à faire ailleurs, là-bas, plus loin !), on ne peut tolérer ces méthodes ». Ah, pauvres féministes, vous avez beaucoup à apprendre ! Heureusement que les vrais anars sont là pour vous guider !

Quel pathos ! Quel pathétique indignation ! On n’aurait presque pensé être au P.S. pendant une action libertaire contre le racisme étatique et l’expulsion des sans-papiers. Les mêmes gestes, la même autosuffisance, le même refus d’ouvrir les yeux, le même renfermement sur soi, la même absence totale de recul autocritique. Mais ce qui m’a le plus dégoûté, c’est les rationalisations complaisantes qui ont suivis. Très vite les libertaires se sont découverts libéraux en prônant la diversité et la tolérance au lieu de la lutte contre toutes formes de domination. Les mecs ont oublié toute conscience de genre, de leur position de dominant et se sont permis de critiquer de façon paternaliste et méprisante la lutte des féministes libertaires. Certains ont affirmé que cette intervention n’était pas à l’intention des mecs mais dirigée contre les femmes – quel détournement majestueux ! D’autres l’ont qualifié de primitive, d’agression violente, d’acte de guerre, de logique de secte et, horreur, de com-mu-nau-ta-risme! Mais ne soyons pas trop négatif, aucun anar ne semble avoir traité ces féministes libertaires de malbaisées – la lutte antipatriarcale avance à petits pas…

Cette intervention collective aura, entre autre, fait passer le message qu’il y a des problèmes très importants au sein du mouvement libertaire sur le plan des rapports femmes-hommes et aura permis de voir où en était la majorité des libertaires. Cela m’a réjoui de voir que quelques hommes ont soutenu (et soutiennent toujours) publiquement cette intervention et ont ainsi brisé à un instant important la solidarité masculine. Ce soutien sans « oui, mais » ou « il aurait fallu » me fait espérer que des hommes peuvent à certains moments capter les rapports de pouvoir entre femmes et hommes, et prendre position contre la domination omniprésente sans se cacher sous des nuances, rationalisations ou excuses. Mais ces quelques points positifs ne changent rien au fait que les hommes libertaires sont largement réactionnaires quand il s’agit de remettre en cause (leur participation à) la domination et l’oppression des femmes, et cela confirme malheureusement ce que chante Brigitte Fontaine:
« Quand il s’agit des femmes, il n’y a pas d’hommes de gauche »

******************************

Dans son commentaire sur les journées libertaires, Gile (Paris) réagit à certains propos auxquels je désire répondre.  » Dans les débats mixtes, une nouvelle donne (ou presque) pour les garçons serait de se taire ou éventuellement de ne faire que répéter des arguments féministes. (…) il est important que les hommes développent leur propre réflexion et luttent comme l’ont fait et le font les féministes. « 

Il me semble que les hommes sont (plus que) libres de leur actes et paroles, mais qu’en tant que libertaires ils s’engagent contre toute forme de domination donc la domination masculine contre les femmes. Si dans un débat ces mêmes libertaires tiennent des propos sexistes ou ne reconnaissent pas dans toute son ampleur la domination patriarcale, il est normal que des féministes ou d’autres font remarquer leur incohérence et dénoncent leur complaisance envers leur position de pouvoir. Et pourquoi un homme ne ferait-il que « répéter » les arguments féministes? Un homme serait-il incapable de reconnaître la pertinence et justesse des arguments féministes et de les faire sien – de sa place? Et quelle pertinence peut avoir la propre réflexion des dominants – comparée à la pertinence de la parole et réflexion des dominées elles-mêmes?

Quand j’ai dit que le fait d’évoquer d’autres formes d’oppression lors d’une discussion sur le pouvoir des hommes, participe à la minimalisation et invisibilisation du patriarcat, je ne nie pas l’existence d’autres axes de domination. De fait, et cela a été confirmé dans le débat sur le pouvoir en milieu militant, évoquer d’autres formes d’oppression sert majoritairement à ne pas se concentrer sur une forme d’oppression rarement adressée de façon ouverte et intègre.

De même, lorsque j’ai critiqué la notion d’aliénation (appliquée aux hommes) et le fonctionnement des groupes hommes, je ne l’ai pas fait comme le présente Gile, c.à.d d’une façon bien réductrice. Ce que j’affirme c’est que les deux éléments me semble participer actuellement à 1. une analyse symétrique des rapports sociaux de sexe qui, en effet, nie l’oppression que subissent les femmes (Cfr. la critique des féministes des journées libertaires dans leur tract) 2. une motivation égocentrique pour combattre le patriarcat basée sur le bien-être des dominants, au détriment d’une motivation altruiste politique basée sur la liberté des dominées.

Actuellement la majorité des hommes luttant contre le patriarcat me semble en effet avoir besoin d’une motivation égocentrique (épanouissement de soi, meilleurs rapports entre hommes) afin de s’engager. Il leur semble souvent impossible de lutter prioritairement en fonction de la liberté des femmes; pourtant il me semble que cela est bien possible et que notre solidarité avec les féministes peut s’exprimer dans le soutien actif de leurs initiatives et dans une lutte directe contre la domination des hommes (dont la notre). Je ne nie pas l’utilité de ce travail général sur soi mais, pour l’instant, les hommes semblent rester coincé là-dedans – au détriment d’un travail directement utile aux féministes et femmes en général.

C’est dans ce constat de blocage égocentrique sur soi et les autres hommes qu’il me semble en effet de plus en plus nécessaire que les groupes hommes anti-patriarcaux établissent des liens de reddition de compte avec des groupes féministes existants. Ce droit de regard des féministes libertaires sur les activités de ces hommes me semblent un élément utile afin de réaliser un travail anti-patriarcal digne de ce nom. Contrairement à ce qu’affirme Gile, cela n’implique aucunement que les hommes parlent au nom des femmes. Les groupes hommes peuvent choisir ces groupes en fonction d’affinités politiques communes. Cela n’équivaut pas à une subordination mais à une prise de conscience de la place structurelle opposée et asymétrique des hommes et des femmes et la nécessité d’agir en fonction des intérêts et buts définis par les sujets de la lutte anti-patriarcale, les femmes féministes. Que dirais-tu, Gile, si des féministes libertaires affirmaient que la reddition de compte est nécessaire pour éviter la dérive des groupes hommes? Les traiter d’autoritaires, de fausses libertaires, de trotskistes anglaises?

Malgré son soutien affirmé au féminisme, Gile ne s’empêche pas de pointer du doigt les différences entre féministes, et de faire sous-entendre que les féministes de l’action des journées libertaires développeraient des stratégies de rupture et seraient des inconditionnelles de la non-mixité. Et d’affirmer l’extrême nouveauté qu’il faudrait débattre ensemble en mixité – sans réaffirmer par contre l’extrême inégalité de la mixité actuelle. Comme si les féministes libertaires de l’action ne désireraient pas discuter et agir en mixité égalitaire. Lui aussi lance finalement le pavé (bien emballé) contre des féministes et non contre ces hommes qui, réunion après réunion, débat après débat, attaquent les féministes et refusent de se remettre en cause. Quelles que soient ses bonnes intentions, fait est de constater qu’il donne des conseils à des féministes et épargne les hommes libertaires – premiers responsables de l’oppression des femmes dans le milieu libertaire.

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