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La Commune de Paris, Michel Bakounine. Présentation par Eduardo Colombo

source: http://akratos.info/spip.php?page=imprimer&id_article=11

La Révolution hantait les esprits à la veille de la guerre franco-prussienne. En novembre 1869, Eugène Varlin écrit à Albert Richard, membre de l’Internationale à Lyon : « La suppression de toutes les institutions qui nous gênent sera facile, nous sommes à peu près tous d’accord là-dessus ; mais l’édification sera plus difficile (…) Il faut nous hâter, les temps sont proches. » [1] La ville de Lyon est devenue le lieu d’une forte agitation révolutionnaire et l’Internationale y avait réussi son implantation. On disait de Lyon qu’elle était « la capitale du socialisme », et qu’elle était aussi « la citadelle française du bakounisme » [2].
Après le Congrès de Bâle (septembre 1869) – Congrès qui a vu se dégager deux minorités, proudhonienne et marxiste, face à une majorité fédéraliste et anti-autoritaire – l’Internationale se développe un peu partout. Varlin, lorsqu’il informe sur le Congrès, montre ses préférences pour la tendance fédéraliste et anti-étatiste.
Des militants actifs forment un réseau informel, ils se concertent, échangent des opinions, des informations, et cherchent à coordonner les grèves et l’aide solidaire dans différentes régions : Varlin (relieur) à Paris, André Bastelica (employé de commerce et typographe) à Marseille, Émile Aubry (lithographe) à Rouen, Richard, Gaspard Blanc, et Louis Palix (tailleur) à Lyon, ou, encore, Gaspar Sentiñón (médecin) à Barcelone. Celui-ci écrit à Varlin pour se réjouir de l’activité des internationalistes dans l’organisation de la Fédération des Sociétés ouvrières de Paris. La fédération a comme objectif immédiat la résistance, et a plus long terme, « l’émancipation totale des travailleurs dans un ordre social nouveau où le salariat sera aboli ». La Fédération des Sociétés ouvrières de Marseille se constitue parallèlement à celle de Paris. Et Bastelica écrit que « la fédération parisienne doit devenir le foyer de la révolution sociale ». Bakounine, qui habitait Locarno depuis novembre 1869, n’est pas tout à fait de cet avis-là. Mais, il s’efforce, avec une inlassable activité, à reserrer les liens entre les membres de l’Internationale qui pourraient influencer le contenu socialiste et anti-étatiste de la révolution et contrecarrer le radicalisme bourgeois et jacobin. Il maintient avec ces militants une relation suivie : réunions, abondante correspondance, codes chiffrés. Pas seulement avec eux, mais aussi avec James Guillaume à Genève, Carlo Gambuzzi en Italie, Farga Pellicer à Barcelone, son vieil ami Ogarev, etc
Dès les années 60, Bakounine s’attend à la chute du Second Empire, et il pense qu’elle sera l’occasion d’un mouvement révolutionnaire que devrait secouer l’Europe.
Dès les premières nouvelles des victoires allemandes, il expose son plan révolutionnaire dans un long manuscrit qui portera le titre de Lettre à un Français, destiné au Lyonnais Gaspard Blanc. Bakounine y écrit : « Ce ne sera pas Paris qui pourra prendre cette fois l’initiative de la vraie révolution, l’initiative appartiendra aux provinces. »
Pour Auguste Blanqui, ou pour les radicaux jacobins, l’union nationale devenait une priorité qui reléguait à plus tard la question sociale. Se rallier au nouveau gouvernement de Défense nationale signifiait, évidemment, la collaboration de classes et l’abandon de la révolution. On connaît l’opinion de Marx préalable à la Commune de Paris : « Les Français ont besoin d’être rossés. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation du state power sera utile à la concentration de la classe ouvrière allemande. » Et, au nom du Conseil général de l’Internationale, le 9 septembre 1970 Marx écrit : « Toute tentaive de renverser le nouveau gouvernement, quand l’ennemi frappe presque aux portes de Paris, serait une folie désespérée. »
Bakounine faisait une évaluation plus juste de la situation : la défaite ne devrait pas entraîner seulement la chute du régime, mais aussi la désintégration de l’appareil militaire et administratif et, en conséquence, la dissolution de la machine d’État. La situation deviendrait, donc, favorable à l’action révolutionnaire.
Depuis quelques années, ses idées sur la méthode et la stratégie insurrectionnelle avaient pris forme dans différents manuscrits. Par exemple, dans le Catéchisme révolutionnaire de 1866, il souligne que la base de toute organisation politique doit être la commune autonome.
l’objet de la révolution sociale « c’est la dissolution radicale de l’État centraliste, tutélaire, autoritaire avec toutes les institutions militaires, bureaucratiques, gouvernementales, administratives, judiciaires et civiles. C’est en un mot la liberté rendue à tout le monde, aux individus, comme à tous les corps collectifs, associations, communes, provinces, régions et nations, et la garantie mutuelle de cette liberté par la fédération. » [3]
La tactique de Bakounine se précise dans la Lettre à un Français, texte sur lequel il travaille sans relâche les dernières semaines d’août jusqu’au 9 septembre, jour où il abandonne Locarno pour se rendre à Lyon et prendre part à l’insurrection qui s’y prépare.
Il a toujours soutenu que l’initiative révolutionnaire revenait au prolétariat urbain, que ce sont les travailleurs des villes qui ont l’instinct et la possibilité d’acquérir la conscience, l’idée de la révolution sociale. A eux d’avoir, donc, la volonté de la faire.
Nonobstant, la révolution succomberait si les paysans, si les habitants de la campagne, ne sont pas entraînés à l’adopter et à participer. Il faut extirper la réaction des campagnes comme des villes, mais « de quel droit les ouvriers imposeront-ils aux paysans une forme de gouvernement ou d’organisation économique quelconque ? (…) Lorsque, au nom de la révolution, on veut faire de l’État, ne fût-ce que de l’État provisoire, on fait donc de la réaction et on travaille pour le despotisme, non pour la liberté : pour l’institution du privilège contre l’égalité. » [4]
Bakounine relève le fait qu’il existe une incompréhension et, en conséquence, une opposition, entre le socialisme plus éclairé des villes, et « le socialisme primitif, naturel et beaucoup plus sauvage des campagnes ». Quiconque veut la révolution doit résoudre cet antagonisme fatal. C’est vrai que les paysans sont plus superstitieux et bigots, et se laissent conduire par les prêtres, qu’ils sont dévoués à l’Empereur, qu’ils sont des partisans forcenés de la propriété individuelle, mais il ne leur manque pas l’instinct de justice et un profond bon sens, ce qui leur a permis, après 1789, d’acheter les biens de l’Eglise malgré les malédictions et les menaces d’excommunication. Les faits révolutionnaires doivent pouvoir parler à leur conscience. Mais, il y a une chose qu’il ne faut pas faire, une chose complètement anti-révolutionnaire, et c’est l’abolition « par décret de tous les cultes publics et ordonner par décret l’expulsion violente de tous les prêtres. D’abord – réaffirme-t-il – je suis l’ennemi absolu de la révolution par décrets qui est une conséquence et une application de l’idée de l’État révolutionnaire – c’est-à-dire de la réaction se cachant derrière les apparences de la révolution. Au système des décrets révolutionnaires, j’oppose celui des faits révolutionnaires, le seul efficace, conséquent et vrai. » [5]
Il y a un autre point capital sur lequel Bakounine revient sans cesse : il ne faut pas attendre le signal de Paris, rien ne prouve que le mouvement révolutionnaire doive absolument commencer à Paris. Les provinces, surtout les villes principales, telles que Lyon, Marseille, Rouen, ne doivent pas espérer le décret de Paris pour se soulever. Pour cela la raison politique est fondamentale et en contradiction avec le schéma jacobin traditionnel qui sommeille caché dans le cerveau des révolutionnaires. « La révolution doit être et doit rester partout indépendamment du point central, qui doit être l’expression, le produit, et non la source, la direction et la cause. » [6]
Pour l’heure, pendant ces premiers jours de septembre, les événements se précipitent. Le matin du 4 septembre Lyon, Marseille, Toulouse proclament la République en même temps que Paris. Un Comité de Sécurité générale s’empare, à Lyon, de la Préfecture de Police et la direction est assurée par François Parraton, tisseur de 24 ans, militant de l’Internationale qui sera très actif pendant les journées révolutionnaires. [7] Ce même 4 septembre, Bakounine écrit à Richard : « La situation est claire, je le répète ; si les ouvriers de Lyon et de Marseille ne se lèvent pas immédiatement, la France et le socialisme européen sont perdus. » [8]
En chemin vers Lyon, Bakounine s’arrête à Neuchâtel la nuit du 11 septembre pour discuter avec James Guillaume de la situation de l’Internationale, et pour convenir des possibilités d’imprimer son analyse de la situation en France et son programme d’action. Guillaume se met à la tâche et se hâte dans les corrections et l’impression, et la brochure sortira autour du 20 septembre avec un titre légèrement modifié, Lettre à un Français sur la crise actuelle. C’est un texte qui apparaît sans nom d’auteur, ni nom d’imprimeur, ni indication de lieu, et très modifié par Guillaume lui-même. La brochure parviendra à Lyon le 28, trop tard pour influer sur la marche des événements.
Dans la nuit ou le petit matin du 15 septembre, Bakounine, accompagné d’Ozerov et Lankiewicz [9], arrive à Lyon, « une ville où régnait le gâchis », où même les membres de l’Internationale n’avaient pas une idée claire de ce qu’il fallait faire, où s’agitaient les meneurs radicaux et aussi les intrigants prêts à trahir, comme le signalera plus tard James Guillaume. Serait-il possible au milieu de cette grande confusion d’organiser le soulèvement populaire ? Bakounine essayera. [10]
Dès son arrivée, il prend contact avec ses amis intimes, tous membres de l’Internationale. Différents comités siègent dans la ville, à côté du Comité Central Fédératif ; le 17 septembre les membres de la section lyonnaise de l’Internationale, et avec eux Bakounine, fondent le Comité central du Salut de la France. Entre les deux comités s’établit une entente en vue d’une action commune.
Mais, réunir en une seule volonté révolutionnaire les désirs, les opinions, les intérêts divers des bourgeois radicaux et des ouvriers fédéralistes est une tâche difficile. Bakounine presse à l’insurrection. Le 25 il rédige une proclamation qui « fait appel au peuple pour jeter bas tous les pouvoirs qui restent et qui gênent. » [11] Lu dans une grande assemblée populaire à la Rotonde le 26, le manifeste proclame l’abolition de l’État et la fédération révolutionnaire des Communes [12], et se termine par l’appel « Aux armes ! » Ce sera la fameuse « affiche rouge », imprimée sur papier rouge-violet, et placardée le lendemain sur tous les murs de la ville.
Dans une nouvelle réunion, salle de la Rotonde, le 27 septembre, Bastelica appelle encore aux armes. Néanmoins, les membres des Comités hésitent. Le même soir, le Comité du Salut de la France et le Comité central fédératif, sur proposition de Bakounine, s’unifient en Comité de permanence révolutionnaire et essaient d’organiser la grande manifestation prévue pour le lendemain. Bakounine et quelques autres membres du Comité insistent : la manifestation doit être en armes, mais la majorité décide le contraire. Contradiction énorme, on ne peut appeler publiquement aux armes et se présenter désarmés devant la force publique.
Le 28 à midi, une colonne de plusieurs milliers d’ouvriers des chantiers débouche sur la place des Terreaux et envahit l’Hôtel de Ville. Du haut du balcon, Saignes [13] lit le manifeste Fédération révolutionnaire des Communes.
Bastelica et Richard vont soulever les quartiers populaires, et le général Cluseret [14], nommé « général en chef des armées révolutionnaires et fédératives du Midi de la France », est chargé d’appeler aux armes les gardes nationaux de la Croix-Rousse, il bat le rappel mais demande au peuple d’aller sans armes. Bakounine l’accuse de trahison [15] et Lankiewicz veut tirer sur lui.
Pendant ce temps, le préfet avait reçu du gouvernement un décret lui confiant les pleins pouvoirs civils et militaires, et les gardes nationaux bourgeois accouraient sur la place des Terreaux. À l’Hôtel de Ville il y avait encore en armes de nombreux partisans du Comité révolutionnaire, mais les manifestants sur la place, qui ne voient pas arriver des renforts de leur côté, se retirent peu à peu. Le soulèvement de Lyon avait vécu.
Bakounine, après être resté encore un jour caché à Lyon, part pour Marseille en compagnie de Lankiewicz. Il s’y met à l’abri dans un petit logement du quartier du Pharo. Le danger d’être arrêté était grand : en plus de la procédure instruite contre lui par le gouvernement français, il était recherché par les autorités de la Russie et de la Prusse. Bismarck avait envisagé qu’il pourrait être fait prisonnier par ses troupes qui envahissent la France, et alors il serait une fois de plus envoyé à Pétersbourg.
Durant la première quinzaine d’octobre, Bakounine profite de l’inactivité forcée pour écrire 114 pages qui prendront la forme, habituelle en lui, de lettre à un ami, cette fois adressée à Louis Palix [16]. C’est une sorte de continuation de la Lettre à un Français qui, remaniée, deviendra une brochure, d’abord intitulée La Révolution sociale ou la dictature militaire, et que, réélaborée plus tard, constituera la substance de L’empire knouto-germanique et la Révolution sociale.
Ce mois-là, Bakounine n’a pas perdu tout espoir, il pense que la révolution est encore possible en France et qu’elle remuera l’Europe. Ce sera une révolution, pas seulement politique, mais sociale. Et, quand il ne croira plus, quand le vague insurrectionnelle aura décrû, et la force populaire, une fois de plus endiguée, il continuera à écrire : « Seule la révolution universelle est assez forte pour renverser et briser la puissance organisée de l’État, soutenue par toutes les ressources des classes riches. Mais la révolution universelle, c’est la révolution sociale, c’est la révolution simultanée du peuple des campagnes et de celui des villes. C’est là qu’il faut organiser, – parce que sans une organisation préparatoire, les éléments les plus puissants sont impuissants et nuls. » [17]
Munit d’un faux passeport, la barbe rasée, portant des lunettes, Bakounine prend le bateau vers Gênes. Il est de retour à Locarno vers le 27 octobre.
Quand la Commune est née à Paris le 18 mars 1871 et le drapeau rouge [18] flotait sur le beffroi de l’Hôtel de Ville, une série d’insurrections de villes du Sud-Est de la France se succédèrent, mais toutes échoueront les unes après les autres :
Lyon, encore, se soulève le 22 mars, Saint-Étienne le 24, Le Creusot le 26. Toulouse, à son tour, proclame la Commune et tient du 23 au 27, Narbonne du 24 au 31 mars, Marseille du 23 jusqu’au 4 avril, jour où le soulèvement sera écrasé par l’armée. Et à nouveau Lyon : le 30 avril la Commune est proclamée pour la troisième fois à la Guillotière, Paris avait envoyé des délégués, et des barricades y étaient élevées. La Guillotière fut reprise au canon et à la baïonnette.
Les mois d’avril et de mai ont vu maints projets germer à Genève ou dans le Jura pour venir en aide à Paris. Le dernier, peut être, a été l’idée de quelques Internationaux de proclamer la Commune à Besançon avec l’aide des Jurassiens, mais pendant qu’on délibérait à Neuchâtel, le 21 mai les Versaillais entraient dans Paris.
La Commune avait lancé un appel aux provinces : « Aux grandes villes … Qu’attendez-vous pour vous lever ? … Assez de sympathies platoniques. Vous avez des fusils et des munitions : Aux armes ! Debout, les villes de France ».
Le soulèvement de la province était l’obsession de Bakounine, sans lequel – il le prêcha sans relâche – la réaction vaincrait.
Après s’être entretenu avec J. Guillaume à Neuchâtel, Bakounine se rendit à Sonvillier, le 28 avril 1871, et il resta dans le Val de Saint-Imier jusqu’à la mi-mai. Durant son séjour, il y donna toutes les semaines une conférence aux ouvriers de la région, trois en tout, qui furent publiées après sa mort sous le titre : Trois Conférences faites aux ouvriers du Val de Saint-Imier. C’est ce texte que vous lirez dans la première partie de ce volume.
Depuis sa « lettre » à Palix, commencée dans la clandestinité à Marseille, Bakounine n’a pas cessé d’enrichir ce texte, qualifié dans un premier temps d’ « esquisse pathologique de la France actuelle et de l’Europe », avec ses opinions philosophiques, sociales et politiques, pour devenir un livre où sont exposées, de façon parfois brillante, comme dit A. Lehning, ses idées essentielles. C’est de là que sont tirés les fragments les plus connus de Bakounine. Mais sa publication a été hasardeuse. Quelques feuilles, composées fin 1870, sont revues par Guillaume et imprimées comme brochure à Genève en 1871, texte qui sera connu sous la dénomination de « première livraison » de L’Empire knouto-germanique et la Révolution sociale, diffusé dès le mois de mai. Cette brochure de 119 pages est la seule partie du livre publiée de son vivant.
Après que la Commune, – cet « énorme fait historique », cette « négation audacieuse » de l’État – fut écrasée sur les barricades de la Semaine Sanglante, Bakounine rentra à Locarno en emportant avec lui une autre partie de son manuscrit qu’il voulait préparer pour une deuxième livraison de L’Empire knouto-germanique.
Selon les notes de son Carnet personnel, Bakounine commence le 5 juin un « Préambule pour la deuxième livraison », sur lequel il travaille jusqu’au 23. Le 25 il commence une introduction générale, intitulée « Avertissement », qui sera le dernier écrit se rapportant à ce livre. Selon l’opinion autorisée d’Arthur Lehning L’Empire knouto-germanique et la Révolution sociale est le chef d’œuvre du révolutionnaire russe.
Mais, comme la presque totalité des écrits de Bakounine, aussi bien l’Avertissement que le Préambule resteront inachevés. D’autres problèmes immédiats le sollicitent alors : les conflits dans l’Internationale, la polémique avec Mazzini. Il écrira encore en 1873 Étatisme et anarchie en russe.
Bakounine meurt en 1876. Antonie, sa veuve, demanda, alors, à un groupe d’amis et de militants de former un Comité pour la publication de ses manuscrit inédits. Le Comité fut composé par James Guillaume (Suisse), Rafael Farga Pellicer (Espagne),Varfolomej Zajcev (Russie), Elisée Reclus et Arthur Arnould (France), Saverio Friscia, Carlo Cafiero et Emilio Bellerio (Italie).
Élisée Reclus trouva parmi ces inédits le manuscrit que Bakounine avait appelé « Préambule pour la deuxième livraison » et le publia dans le Travailleur, un mensuel de courte durée qui parut à Genève en 1877-78, fondé par un groupe d’anarchistes et de communalistes. C’est Reclus lui-même qui donna au « Préambule » le titre par lequel le texte est connu, et avec lequel nous le publions ici : La Commune de Paris et la notion de l’État.
Nonobstant les efforts d’Elisée Reclus, le Travailleur ne publia que la première partie du Préambule, la deuxième, prévue pour le numéro suivant n’a pas vu la lumière parce que la revue interrompit sa parution. Le même groupe de militants, qui comptait dans son sein plusieurs exilés slaves, publia le texte complet, traduit en langue russe, dans une nouvelle revue l’Obscina (La Commune).
Bernard Lazare publia en 1892, dans Entretien, la revue française qu’il dirigeait, l’intégralité du manuscrit original.
Ces années tragiques, mais pleines d’espoirs, qui ont vu le développement de l’Internationale, les insurrections des villes poussées par un souffle fédéraliste et communaliste, la résistance héroïque de la Commune de Paris, et, puis, après, la scission de l’Internationale et la naissance à Saint-Imier du mouvement anarchiste, ont été aussi des années créatives où Bakounine formula, en condensant une vie de révolutionnaire, sa philosophie sociale et politique.
C’est de ce livre, L’Empire knouto-germanique, commencé dans un quartier de Marseille, aux lendemains du soulèvement de Lyon, que Reclus sut tirer les deux fragments les plus diffusés en maintes langues de la pensée bakouninienne – et aussi de l’anarchisme – : Dieu et l’Etat et la Commune de Paris.

Eduardo Colombo

: Michel Bakounine. La Commune de Paris contient : 1. Présentation 2.Trois conférences aux ouvriers du val de Saint-Imier. (Mai 1871) 3. La Commune de Paris et la notion de l’Etat. ( 5-23 Juin 1871)

 

[1] Bakounine. Œuvres complères, Ed. Champ libre, Paris, Vol 7, 1979, Introduction p. XXIV

Note. Cette présentation a été rédigée fondamentalement sur la base des « introductions » qu’Arthur Lehning a consacré aux volumes 7 et 8 de Bakounine. Œuvres complètes, éditions Champ libre, Paris, 1979-1982. Ont été consultés aussi : De la Guerre à la Commune de Fernand Rude, éditions Anthropos, Paris, 1972, Histoire du mouvement ouvrier d’Edouard Dolléans, Armand Colin, Paris, 1957 (6e éditions), et quelques autres auteurs pour des détails secondaires.

[2] Selon Rougerie.

[3] Texte reproduit par Daniel Guerin dans Ni Dieu ni maître, Ed. de Delphes Paris,(sans date), p. 215

[4] Lettre à un Français, Bakounine. Œuvres complètes,Vol. 7, p. 58

[5] Ibid, p. 50

[6] Lettre à Richard, 1er avril 1870, Vol. 7, pp. 279-280

[7] François Parraton est condamné en septembre de 1871 par le Deuxième Conseil de Guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée ; il mourra en captivité en 1874.

[8] Lettre à Richard, (signé Benoit), le 4 septembre 1870, Vol. 7, p. 289

[9] Vladimir Ozerov, révolutionnaire polonais ami de Dombrowski, le futur chef militaire sous la Commune de Paris. Walenty Lankiewicz, prit part à l’insurrection polonaise de 1863 avec Ozerov. En 1871 il se trouvait à Paris ; il tomba sur les brricades de la Commune.

[10] Cf. J. Guillaume, L’Internationale,Tome II, Toisième partie, p ; 91

[11] Lettre de Bakounine à Ogarev, 25 septembre 1870

[12] Abolition de l’État et fédération sont présentées comme des principes d’organisation du champ révolutionnaire et non pas comme une dissolution magique des pouvoirs politiques exixtants, ce que Marx n’avait pas compris ou voulu comprendre.

[13] Eugène-Bernard Saignes, plâtrier peintre, membre de l’Internationale de Lyon. Après l’échec de l’insurrection, il se refugie à Genève.

[14] Gustave-Paul Cluseret, malgré le fait d’avoir commandé la garde mobile contre les combattants de Juin (1848) et sa participation plus que négative aux événements de Lyon, il fut membre de la Commune de Paris en 1871, et, incompréhensiblement, il est nommé délégué à la Guerre, puis destitué, il revient en France en 1884. Lors de l’affaire Dreyfus, il prit parti pour l’armée et entra dans la Ligue des patriotes.

[15] Le même Cluseret le reconnaît dans une lettre : « Loin d’encourager le mouvement du 28 septembre auquel j’ai été mêlé à mon insu, j’ai contribué à le faire avorter ». La Patrie suisse, Genève, 8 octobre 1874 ;

[16] Louis Palix, tailleur, libre penseur, militant de l’Internationale, il fut délégué aux Congrès de Lausanne (1867) et de Bâle (1869) de l’AIT.

[17] « Circulaire à mes amis d’Italie, pour le 1er novembre 1871 ».Œuvres complètes, vol. 2, L’Italie 1871-1872, p. 303

[18] Plus tard, dans une autre occasion, Louise Michel dira : « la manifestation impliquait le port du drapeau noir, drapeau de la misère et drapeau des grèves, plutôt que le port du drapeau rouge, cloué sur les tombes de la Commune.

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