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philosophie, politique

Résultante par Daniel Colson

Bergson explique, à propos de William James, comment « on peut être spiritualiste, matérialiste, panthéiste, comme on peut être indifférent à la philosophie et satisfait du sens commun: toujours on se représente un ou plusieurs principes simples, par lesquels s’expliquerait l’ensemble des choses matérielles et morales ». Le concept de résultante a été forgé par Proudhon, à la suite de Leibniz, pour penser le primat de la force collective mais aussi le refus anarchiste de tout principe originaire et donc la priorité du multiple sur l’un. Toute force collective (être collectif, individu) est une résultante, la résultante des multiples forces qui, en s’associant et en se composant, lui donnent vie. Dans la réalité qui nous constitue, il n’existe aucun principe, aucun commencement, aucun être premier, seulement des résultantes. Capital, Etat, Idée, théorie, nation, classe, sexe sont des résultantes. Dieu est une résultante. L’être humain lui-même, avec les illusion de son moi, de sa conscience et de sa liberté, est une résultante, un « composé de puissances », nous dit Proudhon. En d’autres termes, dans l’homme, comme dans toute chose, ce qui semble être au principe, au commencement ne vient qu’après, n’est qu’un effet de composition, la liberté comme l’âme, les facultés comme l’ensemble des éléments ou des essences apparemment à l’origine du composé humain, l’unité de la création comme l’unité du moi. Cette façon de voir on la retrouve chez Bakounine, lorsqu’il explique que « chaque homme » n’est pas « autre chose que la résultante d’une quantité innombrable d’actions, de circonstances, et de conditions innombrables, matérielles et sociales, qui continuent de le produire tant qu’il vit », et cela au même titre que la totalité de ce qui est: « la solidarité universelle […] ne peut avoir le caractère d’une cause absolue et première; elle n’est au contraire rien qu’une résultante [souligné par Bakounine], toujours produite et reproduite de nouveau par l’action simultanée d’une infinité de causes particulières, dont l’ensemble constitue précisément la causalité universelle, l’unité composée, toujours reproduite par l’ensemble indéfini des transformations incessantes de toutes les choses qui existent ».

C’est en ce sens que l’anarchisme peut se reconnaître dans la pensée de Whitehead, pour qui les « entités actuelles », « ne sont pas des substances, mais des procès; non des réalités arrêtées, mais des résultats ».

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