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folie, philosophie, politique, psychanalyse

Ontologie et praxis institutionnelle par Ben Matsas [2012]

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Ontologie et praxis institutionnelle [2012]

L’idée d’institution se trouve au cœur de nombreuses pensées contemporaines. En outre elle n’est pas moins impliquée, directement ou indirectement, dans la pratique, en politique, en psychiatrie ou encore en pédagogie. Cette idée d’institution est présente dans la pensée de Cornélius Castoriadis (l’institution imaginaire de la société[1]), de Claude Lefort (l’institution politique du social[2]), de l’anthropologie politique de Pierre Clastres[3], de « l’anthropologie dogmatique » de Pierre Legendre[4], des « institutionnalistes » que sont Georges Lapassade et René Lourau[5], et, bien sûr, des praticiens des pédagogies et psychothérapies dites « institutionnelles », notamment Fernand et Jean Oury[6], François Tosquelles[7], Félix Guattari[8]. Or, la question se pose de savoir comment la notion d’institution s’infléchit-elle dans une philosophie de l’immanence, que l’on peut dire à juste titre anarchiste[9] ? Que devient-elle dans le milieu des pratiques où elle s’est d’abord affirmée ? On va ici évoquer, dans toute sa portée ontologique, le concept d’institution, avant d’en cerner les retombées dans un registre praxique éminemment « polyphonique » (Tosquelles), indissociablement clinique et politique ; où l’on voit Félix Guattari avancer à travers une foule de groupes, à outrance hétérogènes[10].

Le mot français institution dérive du latin « institutio »[11]. Il se compose de la préfixe « in- », c’est-à-dire « dans » ou « sur », et du verbe « statuo », qui signifie « établir », « placer comme principe », « organiser quelque chose qui existe ». « Thésmos » [θεσμός] en grec, le mot vient du verbe « tithémi » [τίθημι] qui veut dire « poser » ou « établir ». « On entendait par institution [écrit Merleau-Ponty] ces événements d’une expérience qui la dotent de dimensions durables par rapport auxquelles toute une série d’autres expériences auront sens, formeront une suite pensable ou une histoire – ou encore ces évènements qui déposent en moi un sens, non pas à titre de survivance et de résidu, mais comme appel à une suite, exigence d’un avenir »[12]. À ne pas chosifier, l’institution est un acte ; c’est un faire, une pratique voire même une praxis, effectuée dans un registre performatif (Arendt)[13].

La grande originalité philosophique de Deleuze et Guattari, se trouve, bien sûr, dans le côté ontologique. Il s’agit en effet d’un point aux incidences pratiques considérables. Des premiers ouvrages de Deleuze à la rencontre avec Guattari, de son travail sur Spinoza à la « schizo-analyse » « révolutionnaire » de « l’après-mai des faunes » (G. Hocquenghem), une pensée s’expérimente qui récuse toute transcendance ou « outrecuidance », quelle qu’elle soit, au profit d’un plan ou champ d’immanence, appelé par Spinoza « Nature ». Les incidences au plan éthique, politique et non pas moins clinique (un redoutable défi pratique), sont sans doute innombrables. Si Guattari, à la faveur notamment de sa rencontre avec Fernand Oury (qui l’a confié à son frère Jean), a très tôt croisé puis côtoyé le problème de l’institution, qu’il a sondée au plan pratique et notamment clinique, dès 1955 Deleuze signe l’introduction à un ouvrage collectif au titre « d’Instincts et Institutions » [14], qui va très vite attirer l’attention.

« L’homme n’a pas d’instincts », écrit Deleuze : autant dire que l’espèce humaine, déterminée par le besoin, se voit dépossédée ou « dépouillée » par le désir inconscient et rendue folle par l’institution. Si l’institution a rendu l’espèce folle, c’est que le constructivisme du désir se substitue à la satisfaction du besoin. « L’homme n’a pas d’instincts, il fait des institutions. L’homme est un animal en train de dépouiller l’espèce ». La création d’un autre « niveau d’être » que l’on appelle « social-historique », n’est pas moins évoquée par Cornélius Castoriadis : celui-là se manifeste notamment par la dé-fonctionnalisation de la psyché humaine et l’excroissance « cancéreuse » de l’imagination ; c’est ce qui lui fait dire aussi que « l’homme est un animal fou », dans un sens évidemment différent que Deleuze et Guattari.

Deleuze et Guattari affirment le primat du désir (inconscient) sur le besoin et l’intérêt (situé au niveau du « préconscient »). Par-là ils se démarquent de tout marxisme et, peut-être, plus fondamentalement, de toute pensée encore sous l’emprise de ce que Castoriadis appelle « l’imaginaire capitaliste »[15] et dont l’ethnologie marxiste fournit un exemple qui en dit long[16]. Il s’agit, pour Deleuze et Guattari, d’une ontologie du désir inconscient de groupe qui fait agencement, il en va de même par ailleurs pour Claude Lefort, d’une ontologie politique du désir en proie à la division sociale (les « humeurs » politiques)[17] et, pour Castoriadis d’une ontologie de l’imagination créatrice (l’imaginaire social instituant) qui donne forme (« eidos » [είδος]) au chaos[18]. Le désir l’emporte sur le besoin et l’instinct (Deleuze, Guattari) ; le politique sur l’économique (Clastres, Lefort) ; l’imagination (« phantasia » [φαντασία]) sur la déterminité (« peras » [πέρας])[19] (Castoriadis).

Le désir dans la pensée de Deleuze et Guattari n’est pas non plus celui de la psychanalyse freudienne ou lacanienne (qui valorise le manque). Comme l’institution, le désir est positif et ne manque absolument de rien. Telle la matière sonore d’une musique, il coule dans une économie politique de flux d’énergie. Désir et institution, n’est-ce pas cela qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien ? (c’est, selon la méthode phénoménologique d’une « réduction transcendantale », l’interrogation chère à Oury). Ni désir inconscient « inaccessible directement », uniquement par le biais du fantasme individuel (rien de plus singulier selon Oury[20]) ; ni désir inconscient d’un « monstre asocial » qui doit d’abord passer par une phase triadique avant de renoncer au fantasme de toute-puissance propre à la « monade psychique originaire » (un concept de la « métapsychologie » de Castoriadis), à savoir l’irréductible noyau psychique à résister, pour le meilleur et le pire, à toute socialisation par l’institution (en cela Castoriadis met aussi le social dans le négatif ; l’institution est alors appelée à limiter le désir inconscient). On pourrait dire que c’est dans un « agencement collectif d’énonciation »[21] fait de part en part de multiplicités que l’on accède au désir. C’est un désir inconscient de groupe ouvert aux quatre coins du social, qui n’est point triangulé par le complexe d’Œdipe. Plus encore, le désir n’est pas purement humain, en ce sens qu’il passe par toutes sortes d’objets ou de « machines » (la « mécanosphère »), notamment techniques, économiques, esthétiques, ou encore politiques (« machines de guerre »). Le désir fait machine et agencement. Le concept de machine au sens de « système de coupures » de flux d’énergie, rend en outre possible, avec son « constructivisme », un autre rapport entre nature et politeia [πολιτεία] (ou société politique), sur un plan d’immanence et sans les confondre pour autant. C’est d’ailleurs et par-delà les dérives droitières des partis politiques « Verts », toute l’actualité de l’écologie politique (l’écosophie de Guattari) que de rendre possible un autre rapport entre l’humain et son milieu naturel voire entre vie naturelle et vie politique.

Deleuze évoque par ailleurs l’opposition juridique entre l’institution et la loi d’une part, le contrat de l’autre. Si les théories de la loi ou du contrat mettent le social dans le négatif par une limitation de tout ce qui est du coup présupposé comme positif (droits naturels…), l’institution, au contraire, met le social dans le positif, jusqu’à en faire apparaître tout ce qui en fait le « constructivisme ». On voit là toute la portée ontologique du concept. Deleuze en fait aussi un critère politique : la monarchie est un mauvais régime politique, un régime tyrannique, où « il y a d’autant plus de lois qu’il y a peu d’institutions ». Au contraire la démocratie est un régime où « il y a d’autant plus d’institutions qu’il y a moins de lois ». On peut alors supposer qu’à terme l’institution est appelée sinon à supplanter, à réduire considérablement loi et contrat. Saint-Just qu’il cite, écrit dans les Institutions républicaines : « Il faut peu de lois. Là où il y en a tant, le peuple est esclave. L’esclavage est l’abnégation de sa volonté. Là où l’homme obéit, sans qu’on le suppose bon, il n’y a ni liberté ni patrie. Celui qui donne à un peuple trop de lois est un tyran. Le nom de loi peut sanctionner le despotisme ; le despotisme est l’exercice sur le peuple d’une volonté étrangère à la sienne. Obéir aux lois, cela n’est pas clair ; car la loi n’est souvent autre chose que la volonté de celui qui l’impose. On a le droit de résister aux lois oppressives… »[22]

À propos du « mouvement institutionnel » en psychiatrie, à savoir la psychothérapie institutionnelle, Deleuze va jusqu’à parler « d’une sorte d’inspiration à la Saint-Just psychiatrique ». Il pense notamment à la clinique de La Borde, fondée par Jean Oury en 1953, où l’on accueille voire l’on institutionnalise la folie. Dans un autre essai sur Sacher-Masoch[23] où, pour qualifier son écriture, il invente le terme de « pornologie », le philosophe pose à nouveau le problème de l’opposition entre l’institution et la loi d’une part, l’institution et le contrat de l’autre, qu’il associe aux noms de deux auteurs, le Marquis de Sade et le Baron von Sacher-Masoch notamment. En bons « pornologues », les deux « pervers » de la sexologie du 19ème siècle (Krafft-Ebing) ont fini par sexualiser le droit. En effet, Sade se présente comme quelqu’un qui pense en termes d’institution, Masoch en termes de contrat. Les humeurs « pornologiques » ou la « stimmung » (disposition affective) qui est la leur, c’est, selon Deleuze, l’ironie chez Sade et l’humour chez Masoch. Telle est aussi l’interprétation de la Philosophie dans le Boudoir chez M. Abensour[24], qui y voit une ironisation critique de l’institution, qu’oppose Sade au dessein normatif de Saint-Just (voir l’ébauche de ses Institutions Républicaines), et qui aurait abouti, après une « machine à gouvernement » (Saint-Just), à une « machine à moralisation ».

Il en va de même du contrat. « Le sens du contrat est de ne reconnaître l’autre que comme défini par les termes mêmes du contrat. Opposition juridique des notions de contrat et d’institution : nullité des contrats prononcée au nom de l’institution »[25]. Jurisprudence  du libéralisme, c’est de plus en plus en termes contractuels que la question de l’indemnisation des chômeurs et demandeurs d’emploi se pose de la part des gouvernants. L’usager se présente comme une partie contractante dans une relation duelle où l’autre partie, c’est la « puissance publique » ou l’État, et à qui l’on demande « des efforts » et des contreparties ; d’où la rhétorique « des droits et des devoirs » (de « retour à l’emploi »). À contre-pied d’une tendance contemporaine à dés-institutionnaliser voire « libéraliser » le droit par contractualisation, se pose depuis longtemps la revendication politique d’un revenu garanti, inconditionnel et donc sans contrepartie, que l’on peut considérer à juste titre comme une institution. Institutionnaliser une allocation universelle inconditionnelle, cela revient-il à sortir du cadre du contrat et de la loi propre au libéralisme au profit de l’institution, « modèle positif d’action » ; à institutionnaliser le « temps libre » ou encore à la paresse voire au refus du travail et de l’autonomie par rapport au salariat ? (ce qui implique de désinvestir la « valeur-travail ») On pense aux propos de Gilles Deleuze sur le droit et la jurisprudence. « Être de gauche », dit-il, « c’est créer le droit »[26]. Opposer au contrat conclu sur le marché du travail – et à la contractualisation du rapport entre les usagers et l’État que l’on constate aujourd’hui – l’institution d’un revenu d’existence, cela revient-il à faire jurisprudence et à résister à une modalité néo-libérale d’être gouverné voire « n’être pas tellement gouverné » qu’est est la fonction assignée par Foucault à la critique[27] ?

Contrairement à une pensée d’opposition, notamment dialectique ou « hyperdialectique » (M. Merleau-Ponty, C. Lefort)[28], pensée de l’écart et de la division (sous le signe du deux, à l’encontre de l’Un), qui met en scène l’institution politique d’une Loi transcendantale, éclipsée voire destituée dès lors qu’elle se trouve désinvestie par le désir scindé en deux positions asymétriques (l’antagonisme politique des « humeurs » chez Machiavel[29]), Deleuze et Guattari plaident pour un monisme (immanentisme) philosophique qu’il convient de qualifier d’anarchique. Un monisme ontologique tout à fait paradoxal et absolument pluraliste[30] qui régit les rapports de la substance et des attributs (Spinoza), ou encore du corps sans organes et des objets partiels[31], et qui ne s’oppose pas plus au pluriel qu’au multiple. Plutôt que de s’efforcer d’opposer deux plans, ou d’articuler deux plans sur fond d’opposition (telle est la démarche de Jean Oury, que l’on peut bien appeler structurale), à savoir les phénomènes d’aliénation mentale (irréductible voire « transcendantale »[32]) et d’aliénation sociale, s’agit-il plutôt de changer radicalement de plan voire de perspective ontologique pour leur substituer, sans pour autant que la distinction s’en trouve affaissée[33], un seul plan d’immanence, « qui ne se dit que du multiple ». Un plan qui peut aussi s’appeler « économie générale » (on est tenté, en effet, de rapprocher Deleuze et Guattari de Georges Bataille[34]), à savoir une économie d’énergie, ou de flux quels qu’ils soient. À la faveur notamment du concept de « machine »[35], Deleuze et Guattari vont inventer une nouvelle ontologie. Si à l’arrivée le schizophrène se découvre aussi bien Homo Natura qu’Homo Historia, c’est qu’il existe un rapport inédit non pas seulement entre le désir et le social, mais aussi entre celui-là et le monde naturel voire entre nature (cosmos) et politique.

Si W. Reich prétend interpréter en termes psycho-sexuels[36] l’aliénation sociale (« exploitation économique, assujettissement politique »[37]), sa pensée n’est pas moins régie par plusieurs dualismes dont : l’infrastructure économique et la superstructure idéologique, politique et juridique, l’objectivité et la subjectivité voire la rationalité et l’irrationalité. En effet, Deleuze cite un certain nombre de dualités dont l’objectif et le subjectif, l’infrastructure et les superstructures, la production et l’idéologie, à l’œuvre dans le marxisme notamment. Au lieu d’une dialectique entre l’instituant et l’institué[38], s’affirme chez Guattari la « stricte complémentarité » d’un sujet inconscient de l’institution avec l’objet institutionnel[39]. On voit poindre alors une notion d’analyse institutionnelle, liée au cheminement de Félix Guattari, partie prenante de l’histoire sociale et politique de son temps (dont, par exemple, le « complexe de ‘36 »[40]). Un cheminement à travers, d’une part, les organisations et partis politiques, syndicats, groupuscules, en passant par les auberges de jeunesse ; et qui, d’autre part, passe par son investissement dans un travail à vocation psychothérapique à la clinique de La Borde. Un milieu institutionnel (la psychiatrie) que, dans l’après-coup des camps de la mort, on n’a pas hésité à qualifier de « concentrationnaire »[41] et celui d’une praxis (dite par ailleurs « pathoanalyse »[42]) censée accueillir la folie. Puis, en France de l’extrême-gauche d’après-guerre, Il y a eu la voix communiste, notamment[43]. (En effet, la rupture, dans le « gauchisme », avec le marxisme n’intervient que plus tard, c’est-à-dire dans les années 1970[44]).

Dans des milieux praxiques éminemment sinon « excessivement » ou à outrance hétérogènes, à la fois cliniques et politiques, Guattari amène sa « boîte à outils », que l’on est tenté de considérer à juste titre comme un « objet institutionnel » en soi ! Les concepts, emportés par les processus de déterritorialisation et de variation (brassage), sont amenés à passer d’un milieu à l’autre. Guattari a repris à son compte l’expression foucaldienne de la « boîte à outils »[45], que l’on retrouve par ailleurs par l’intermédiaire cette fois-ci de Wittgenstein, chez Oury. Les concepts se présentent comme des outils à manier comme le « luthier » ou les tailleurs de pierre (Oury), qui nous conviennent ou pas, et qui impliquent un savoir-faire. Guattari prend aussi parti pour une « pragmatique », en matière clinique notamment.

Les outils conceptuels en matière institutionnelle de Guattari se comptent surtout au nombre de trois, à savoir objet institutionnel[46], sujet inconscient de l’institution et institutionnalisation ou production d’institutions ; à quoi il convient d’ajouter celui de transfert institutionnel, « transfert dissocié », « multi-référentiel », pour ce qui concerne la psychothérapie institutionnelle, même si cela va au-delà du seul milieu psychiatrique (Guattari fait remarquer que l’on peut entendre aussi le mot transfert comme au 18ème siècle, à savoir au sens de transport amoureux). Si « la détermination dans chaque situation de l’objet institutionnel correspondant est un critère qui devrait permettre de clarifier la question »[47], le sujet de l’institution est, quant à lui, absolument inconscient. Comme la boutade de Tosquelles où, au lieu d’une « prise de conscience », c’est plutôt à une « prise d’inconscience » qu’il faut appeler, et quelle que soit l’incompréhension manifestée chez des philosophes aussi importants que Sartre, non seulement le sujet n’est pas l’individu, mais il échappe « aux déterminations individuelles ». C’est un « sujet » ou un « agent » que Deleuze et Guattari vont ensuite appeler agencement collectif d’énonciation.

Oury, complice de Guattari, dans le conflit et la division, raconte une anecdote : ils ont voulu un jour chercher dans le dictionnaire le sens du mot « institution ». Ils se sont trouvés devant les dizaines de significations qu’il recèle. Les usages des praticiens de la psychothérapie institutionnelle sont multiples et variés. Il existe des nuances significatives. En effet, l’idée d’institution, selon qu’il s’agisse d’Oury ou de Guattari, n’est pas exactement la même. Avec François Tosquelles naît l’opposition fondamentale entre l’institution et l’établissement (il existe, selon Tosquelles, des familles qui relèvent plus de l’établissement que de l’institution) et par voie de conséquence entre l’institution et « l’établi » (au sens aussi de « l’ordre établi »)[48]. L’établissement en vient à évoquer « l’aliénatoire » (Oury) ou le « pratico-inerte » (Sartre). L’institution, par contre, c’est ce qui vient travailler, analyser, « soigner l’hôpital »[49], c’est-à-dire l’établissement ; en remanier les « données d’accueil du surmoi » par exemple. L’institution, tel le « couteau » de Guillaume d’Ockham[50], est renvoyée au « travail du négatif » (Hegel) ; un peu comme un « coup de balai » (expression qu’affectionne particulièrement Oury) dans l’établissement. On est bien loin de l’ontologie de Deleuze et Guattari et de la positivité foncière de l’institution par rapport à la loi. Quel que soit son appel à l’institution, Oury place le social dans le négatif. C’est en effet en termes lacaniens et hégéliens que raisonne le fondateur de La Borde. Chez Oury l’institutionnalisation est un processus d’inscription dans un registre symbolique, d’articulation ou encore de « borroméisation » (Lacan)[51]. Au « flan » comme image de structure (compact) vient s’opposer, avec sa construction feuilletée, le « mille-feuille ». Entamer un travail institutionnel (lire, par exemple, le matin la « feuille de jour » à La Borde[52]), cela revient à créer du vide, à « dé-massifier » (décompresser), diviser le temps et l’espace de l’établissement ; à réussir, par la mise en œuvre d’une fonction « diacritique » et la mise en place d’une « distinctivité » ou « hétérogénéité », à séparer tout ce qui, « collé » ou « amalgamé », est en proie à l’homogénéisation (une « mise à mort » selon Oury), à l’entropie. On a affaire à une pensée que l’on peut appeler dialectique et une pratique clinique qui repose, quoi qu’implicitement, sur une ontologie. D’où le problème à la fois clinique (éminemment psychotique) et philosophique (ontologique) voire même politique[53] du vide. Le rattachement d’Oury à une ontologie implicite se manifeste aussi par une reprise à la philosophie orientale de l’image des principes du yin et du yang (qui ne sont pas moins « genrés » [gendered] par ailleurs). Il faut alors remarquer qu’il existe aussi un troisième terme, à savoir le vide[54]. Tiers régulateur ou Phallus séparateur des contraires qu’il articule (ce qui aurait pour effet de rendre possible la circulation dans l’espace et le temps), c’est à une « logique castrative » et « négative » que le vide est indexé.

Rien de tel chez Guattari. On a un traitement schizophrénique du vide, un peu comme dans l’Art Brut. Du fait d’un monde détotalisé, ouvert à sa propre dé-totalisation (Sartre), le vide n’est plus indexé à une structure totalisante, à l’ombre d’une instance transcendante, signifiant despotique, « objet des hauteurs ». On pourrait dire que le vide, ce n’est alors rien ! C’est dans la plénitude (c’est-à-dire sans manque) que l’être s’affirme, et la multiplicité[55] ; comme les multiplicités d’attributs de la substance. Les objets partiels sur le corps sans organes ne sont plus à rapporter à l’objet total ou global qu’est le « Moi », dans une dialectique de mise en forme entre le tout et les parties (G. Pankow[56]), en d’autres termes dans un processus de reterritorialisation, sans doute indispensable à la survie de l’organisme, au détriment toutefois du corps sans organes et de son espace lisse, qui souffre de toute strate et stratification.

L’analyse institutionnelle est simplement considérée par Oury comme une « analyse concrète de l’aliénation sociale » (à ne pas confondre avec la psychanalyse) ; le processus, d’autre part, d’institutionnalisation se pense en termes de structure (on ne peut plus lacaniens). Or, il en va tout autrement pour Guattari. On peut se demander s’il ne se manifesterait pas, là encore, quelque chose comme un désamour des « gros concepts », évoqué par Deleuze à propos des « nouveaux philosophes »[57]. Le concept d’objet institutionnel créé par Guattari évoque celui d’objet partiel, dans sa « complémentarité »[58], et doit être mis en perspective avec lui (chez Freud et surtout M. Klein) et d’objet transitionnel (Winnicott). Or, nous voilà dans un monde éclaté, disloqué, « dissocié », psychotique, schizophrénique ; ou alors sur un plan micro et non pas macro-politique, « moléculaire » et non pas « molaire », qui nous donne accès à une autre dimension, « schizoïde », comme le groupe lui-même (Bion), en proie à sa division interne (son éclatement), ou, selon Guattari, à sa pulsion de mort[59]. Cette dimension a, en effet, son autonomie et ses propres coordonnées : la subjectivité inconsciente de groupe « manifestée au niveau de l’institution, possède ses lois propres, ses « interprètes », groupe ou individu, ses opérateurs », et « développe des systèmes spécifiques de résistance, de méconnaissance et un type de fantasme relativement autonome par rapport au fantasme individuel »[60].

Deleuze, dans la préface au premier recueil de Guattari (Psychanalyse et transversalité), ne manque pas de faire la comparaison entre les « analyses institutionnelles » de Guattari avec un autre théoricien et praticien de l’institution à la fois, et militant dans Socialisme ou Barbarie puis avec un psychanalyste, notamment Cornélius Castoriadis (parmi les analystes précoces du phénomène bureaucratique). Quand bien même le propos peut, parfois, étonnamment rappeler celui de Castoriadis, Guattari se veut davantage attentif à la subjectivité, mais pas uniquement dans le cadre de la production moderne[61]. Les outils conceptuels ne sont d’ailleurs pas les mêmes mais diffèrent sensiblement. Si dans l’œuvre de Guattari les formations collectives sont abordées en phénomènes de groupe, telle la subjectivité inconsciente de groupe, et au niveau dit, plus tard, « moléculaire », la strate ontologique, chez Castoriadis, du « social-historique », où le « collectif anonyme » est en prise avec l’institution sociale, nous semble rester à un niveau dit « molaire », celui des « grands ensembles » dont l’individu fait pleinement partie (l’individu est, par ailleurs et pour Castoriadis, considéré comme une « partie totale », au sens mathématique, de l’institution globale). Si tout, chez Guattari, peut faire institution, c’est en un tout autre sens. L’individu n’est plus seulement une institution sociale : il n’est plus pris comme objet global, moïque ou moïcisé, mais, au contraire, il est au même titre que n’importe quel autre objet partiel ! C’est un individu et une institution, perçus, vécus voire hallucinés, sur un mode psychotique, comme dans un « transfert dissocié », tel qu’on le voit dans la clinique, notamment dans les psychoses et singulièrement les schizophrénies. L’institution se laisse « psychotiser », se prête à la psychose. On peut dire que l’institution chez Guattari est elle-même dissociée voire « schizo ».

Il faudrait d’ailleurs noter aussi une divergence de vues à propos du mouvement social de mai ’68, entre Guattari et Castoriadis (alias Jean-Marc Coudray). Là où, une fois de plus, le deuxième constate chez les ouvriers la mise sous tutelle bureaucratique (aliénation ou hétéronomie) qui les empêche de s’allier aux étudiants et d’agir en conséquence en vue d’une transformation radicale de la société, le premier se refuse de tirer des conclusions hâtives et de se précipiter pour diagnostiquer une incapacité politique foncière[62]. En bon spinoziste, il pense que tout ce qui peut entraver ou faire obstacle à l’essor de la puissance d’agir, ne peut venir que du dehors. C’est d’ailleurs une attitude que l’on retrouve souvent chez les deux, tous deux acteurs politiques, et qui les a fait radicalement diverger, surtout après ’68 (« révolution institutionnelle » selon Guattari, révolution ratée pour Castoriadis ; puis ultime « chant du cygne », après quoi la société qu’il appelle « occidentale » aurait basculé et sombré dans le « conformisme généralisé » voire, plus tard, dans « l’insignifiance »).

Si l’on prend l’exemple de ce que Guattari appelle « le séisme institutionnel du mois de mai » ’68, on pourra sans doute être plus à même de saisir la singularité de Guattari, et notamment en matière institutionnelle. Au moment de « l’éclosion » (dixit Castoriadis), en ’68, du « mouvement du 22 mars », il s’est fait « l’analyseur » d’un complexe inconscient, pulsionnel, de groupe, « à l’échelle de la société tout entière ». Le « mouvement du 22 mars » est pour Guattari le prototype même d’un « groupe-sujet », qui nous donne à voir ce qu’est une praxis ou une action politique « révolutionnaire », telle qu’on peut l’entendre avec Deleuze et lui-même, à savoir « désirante » (il n’est de « révolution » que « désirante »). Le mouvement a « refusé d’incarner lui-même la situation, il n’a été que le support permettant aux masses d’opérer le transfert de leurs inhibitions. L’action exemplaire de ce groupe d’avant-garde a ouvert la voie, levé des interdits, frayé une compréhension, une articulation logique nouvelle, sans la figer dans une dogmatique »[63].

« Séisme », « révolution »[64], ou « subversion » institutionnelles, le qualificatif  a, en effet, de quoi surprendre, surtout dans un contexte qui est celui d’une pratique politique dite « révolutionnaire » et à propos de mai ‘68. Or, c’est en termes institutionnels que pense Guattari le social et le politique, quoi qu’en termes, l’on a eu suffisamment l’occasion de le noter, d’institution dissociée, c’est-à-dire psychotisée si ce n’est psychotique ; l’institution, c’est là toute la différence avec quelqu’un comme Castoriadis, elle est en pièces, à l’image de la personne de Guattari lui-même ; institution « partielle » d’une multiplicité libre, agencement ou, et ceci est un concept de Pierre-Joseph Proudhon, « résultante »[65].

Aujourd’hui sans doute d’autres objets institutionnels se prêtent à l’analyse. C’est le cas, par exemple, de la coordination, par opposition ou distinction avec le syndicat[66]. Si l’on suit Guattari, il faut que l’objet institutionnel soit saisi dans sa consistance machinique de phénomène de groupe, qui n’arrête pas de résister à sa « structuralisation », ou la clôture du groupe sur lui-même sous forme de structure. « Le projet révolutionnaire, comme machination d’une subversion institutionnelle, aurait à révéler de telles potentialités subjectives et, à chaque étape des luttes, à les prémunir contre leur « structuralisation » »[67]. On aurait donc à inventer les institutions qui rendent à l’humanité toute sa folie ; car, en effet, « l’homme est un animal politique », un animal érotique et, surtout, un animal fou.

[1] C. CASTORIADIS, L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975. Il convient aussi de citer l’Association psychanalytique du « Quatrième Groupe » (http://www.quatrieme-groupe.org/), qu’il a fondée avec d’autres (dont Piera Aulagnier), qui met en valeur la notion d’institution (voir l’anarchiste E. Colombo, http://www.quatrieme-groupe.org/publications/bibliographies/bibliographie/eduardo-colombo/9/00012COLOM)

[2] C. LEFORT, Les formes de l’histoire. Essais d’anthropologie politique, Paris, Gallimard, 1978

[3] P. CLASTRES, La société contre l’État, Paris, Minuit, 1974

[4] Dans le sillage de la psychanalyse lacanienne et avec une perspective éminemment juridique, Pierre Legendre s’est fait le tenant d’une pensée normative et franchement réactionnaire. Voir B. PERREAU, « Faut-il brûler Legendre ? » : http://www.vacarme.org/article1640.html

[5] R. LOURAU, L’analyse institutionnelle, Paris, Minuit, 1970

[6] J. OURY, L’aliénation, Paris, Galilée, 1992

[7] F. TOSQUELLES, De la personne au groupe. À propos des équipes de soin, Paris, ERES, 1995

[8] F. GUATTARI, Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972]

[9] D. COLSON, Petit lexique philosophique de l’anarchisme. De Proudhon à Deleuze, Paris, Le Livre de Poche, 2001

[10] « Il [Guattari] a toujours eu ces caractéristiques : une extrême rapidité de pensée, des initiatives trop hâtives et un goût excessif pour l’hétérogénéité. Pourtant il en faut, de l’hétérogène, mais il n’a jamais su le doser », in J. OURY, M. DEPUSSE, À quelle heure passe le train ?, Paris, Calmann-Lévy, 2003, p. 206

[11]  Il apparaît qu’il signifie d’abord « arrangement », puis « principe » ou « système ». Le mot est apparu, semble-t-il, en français en 1190 (soit au 12ème siècle).

[12] M. MERLEAU-PONTY, L’institution. La passivité. Notes de cours au Collège de France (1954-1955), Paris, Belin, 2003

[13] La dimension performative chez Hannah Arendt de l’agir politique est mise en évidence par DANA R. VILLA dans Arendt et Heidegger. Le destin du politique, Paris, Payot, 2008

[14] G. DELEUZE, « Instincts et Institutions » [1955], L’île déserte. Textes et Entretiens 1953-1974, Paris, Minuit, 2002, pp. 24-27

[15] C. CASTORIADIS, « Marxisme et théorie révolutionnaire », L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975, pp. 13-171

[16] P. CLASTRES,  « Les marxistes et leur anthropologie », Libre 3, 1978, p. 135-149

[17] C. LEFORT, Le travail de l’œuvre Machiavel, Paris, Gallimard, 1972

[18] N. POIRIER, L’ontologie politique de Castoriadis. Création et Institution, Paris, Payot, 2011

[19] Castoriadis cite notamment le fragment 45 d’Héraclite, traduit par Axelos : « Les confins de l’âme, dans ta marche, tu ne les découvriras pas, même si tu parcours tout chemin. Elle contient un logos si profond » (« Ψυχῆς πείρατα ἰὼν οὐκ ἂν ἐξεύροιο, πᾶσαν ἐπιπορευόμενος ὁδόν•οὕτω βαθὺν λόγον ἔχει »), K. AXELOS, Héraclite et la philosophie, Paris, Minuit, 1962, p. 176-177

[20] J. OURY, M. DEPUSSE, À quelle heure passe le train ?, Paris, Calmann-Lévy, 2003

[21]  L’expression « agent collectif d’énonciation » apparaît dès le premier recueil de Guattari. Le concept  « d’agencement collectif d’énonciation » est pleinement développé dans Mille Plateaux avec G.  Deleuze. Voir aussi L’abécédaire de Gilles Deleuze, Montparnasse, 1996 (« D comme désir »).

[22] SAINT-JUST, « Institutions républicaines », Œuvres complètes, Paris, folio, 2004, pp. 1136

[23] G. DELEUZE, Présentation de Sacher-Masoch, Paris, Minuit, 1967, pp. 68-71

[24] M. ABENSOUR, Rire des lois, du magistrat et des dieux. L’impulsion Saint-Just, Paris, HORLIEU, 2005

[25] M. MERLEAU-PONTY, L’institution. La passivité. Notes de cours au Collège de France (1954-1955), Paris, Belin, 2003, p.37

[26] « G comme Gauche », L’abécédaire de Gilles Deleuze, Montparnasse, 1996

[27] M. FOUCAULT, « N’être pas tellement gouvernés » : http://www.vacarme.org/article1388.html

[28] « Hyperdialectique » (Merleau-Ponty) : qui « surenchérit sur la dialectique ». Sur le caractère transcendantal de la Loi politique, voir C. Lefort : « L’institution du social n’est pas un fait social ». G. Labelle, « Quelques réflexions sur le désir et la domination à partir de Claude Lefort et Gilles Deleuze » : http://www.mondecommun.com/index.php/enjeux-et-debats/la_boetie_ou_spinoza/ ; https://deterritorium.wordpress.com/2011/11/14/la-boetie-ou-spinoza-quelques-reflexions-sur-le-desir-et-la-domination-a-partir-de-claude-lefort-et-gilles-deleuze-par-gilles-labelle/

[29]  C. LEFORT, Le travail de l’œuvre Machiavel, Paris, Gallimard, 1972

[30] « L’anarchie, cette étrange unité qui ne se dit que du multiple », G. DELEUZE, F. GUATTARI, Capitalisme et Schizophrénie. Mille Plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 196

[31] G. DELEUZE, F. GUATTARI, Capitalisme et schizophrénie. L’Anti-Œdipe, Paris, Minuit, 1972

[32] Sur fond de divergences Guattari est sur ce point d’accord avec Oury : l’aliénation mentale est irréductible à l’aliénation sociale. Voir aussi la critique de « l’antipsychiatrie », italienne et anglaise : « La négation institutionnelle deviendrait alors une dénégation ([…] au sens freudien) du fait singulier de l’aliénation mentale. […] La causalité politique ne régit pas aussi directement la causalité de la folie. C’est peut-être, inversement, un agencement signifiant inconscient, où loge la folie, qui prédétermine le champ structural où se déploient les options politiques, les pulsions et les inhibitions révolutionnaires, à côté, au-delà des déterminismes sociaux et économiques ».  « Guérilla en psychiatrie », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. 263-264 ; « […] tout un courant anglo-saxon de psychiatrie sociale, « d’antipsychiatrie », se propose aujourd’hui d’intervenir sur la société pour résorber, en quelque sorte, le trouble psychiatrique au sein du champ social, réduisant ainsi l’aliénation mentale à l’aliénation sociale. On en revient toujours au même point : la folie est ressentie comme un scandale, il convient de la nier et de réprimer toutes ses formes de manifestation ». « Le fou, l’étudiant et le katangais », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, pp. 238-239. Guattari va jusqu’à considérer la folie « comme quelque chose qui échappe à la détermination sociale » ; il évoque par ailleurs « l’approfondissement existentiel d’un certain rapport à la folie ». « Introduction à la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. 41

[33] G. DELEUZE, « Désir et plaisir », Deux régimes de fous. Textes et entretiens 1975-1995, Paris, Minuit, 2003, p. 112

[34] G. BATAILLE, La part maudite, Paris, Minuit, 1949/1967/2011

[35] F. GUATTARI, « Machine et structure », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. 240

[36] Tosquelles distingue entre complexes psycho-sexuels d’une part, et complexes psycho-sociaux de l’autre. Voir notamment J. OURY, D. ROULOT, « Institution et Surmoi », Dialogues à La Borde. Psychopathologie et structure institutionnelle, Paris, Hermann, 2008, p. 127

[37] G. DELEUZE, « Trois problèmes de groupe », préface à F. Guattari, Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. III

[38] R. LOURAU, L’analyse institutionnelle, Paris, Minuit, 1970, p. 90

[39] G. DELEUZE, « Trois problèmes de groupe », préface à F. GUATTARI, Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. IV

[40] F. GUATTARI, « La causalité, la subjectivité et l’histoire », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero, 1972], p. 190

[41] F. GUATTARI, « Introduction à la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003, p. 39. Cela recoupe sans doute l’idée foucaldienne de « l’intolérable ».

[42] Selon le mot de Jacques Schotte, praticien belge de la psychothérapie institutionnelle (cité à plusieurs reprises dans le premier recueil de Guattari).

[43] G. DELEUZE, Foucault, Paris, Minuit, 1986, p. 123

[44] G. DELEUZE, « Les intellectuels et le pouvoir (avec Michel Foucault) », L’île déserte. Textes et Entretiens 1953-1974, Paris, Minuit, 2002, p. 288

[45] F. GUATTARI, « Microphysique des pouvoirs, micro-politique des désirs », Les années d’hiver. 1980-1985, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2009, p. 216

[46]  « Pour cerner ces phénomènes, nous avons été amenés à proposer le concept d’objet institutionnel comme objet spécifique du champ technique et scientifique de la psychothérapie institutionnelle ». F. GUATTARI, « Réflexions pour des philosophes à propos de la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p.88

[47] F. GUATTARI, « Autogestion et narcissisme », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p. 212

[48] « État/-blissement » ou « plissement de l’État », selon J. Oury.

[49] Selon l’expression du psychiatre allemand Hermann Simon (à l’origine de la psychothérapie institutionnelle).

[50] J. OURY, Création et schizophrénie, Paris, Galilée, 1989

[51] J. OURY, Le Collectif. Le séminaire de Sainte-Anne, Paris, Champ Social, 2005 (Scarabée, 1986)

[52] « D’une façon plus modeste, plus pauvre, il y a une écriture, c’est la feuille de jour : petite affiche agrémentée de dessins ou de photos découpées au hasard des magazines qui traînent, où s’alignent les occupations prévues, heure par heure du lendemain […] Cette petite feuille, elle dé-massifie le jour, elle transforme la foule en public ». J. OURY, M. DEPUSSE, À quelle heure passe le train ?, Paris, Calmann-Lévy, 2003, p. 93

[53] M. ABENSOUR, De la compacité. Architecture et régimes totalitaires, Paris, Sens & Tonka, 1997

[54] J. OURY, L’aliénation, Paris, Galilée, 1992

[55] « Seule la catégorie de multiplicité, employée comme substantif et dépassant le multiple non moins que l’Un, dépassant la relation prédicative de l’Un et du multiple, est capable de rendre compte de la production désirante : la production désirante est multiplicité pure, c’est-à-dire affirmation irréductible à l’unité ». G. DELEUZE, F. GUATTARI, Capitalisme et schizophrénie. L’Anti-Œdipe, Paris, Minuit, 1972, p. 50

[56] G. PANKOW, L’être-là du schizophrène [1981], Paris, Flammarion, 2006

[57] G. DELEUZE, « A propos des nouveaux philosophes et d’un problème plus général », Deux régimes de fous. Textes et Entretiens 1975-1995, Paris, Minuit, 2003, pp. 127-134

[58] F. GUATTARI, « Réflexions pour des philosophes à propos de la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p.p. 87-88

[59] F. GUATTARI, « Introduction à la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p. 45

[60]  F. GUATTARI, « Réflexions pour des philosophes à propos de la psychothérapie institutionnelle », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 (Maspero 1972), p. 93-94

[61] « […] Mais, de façon antagoniste, ces mêmes forces productives requièrent davantage de « facteurs humains ». C’est moins la force de travail mesurée en temps qui spécifie le travailleur de la société contemporaine que la qualité de son travail et sa position structurale dans l’instrument de production. Ce qui compte, disons en bref, c’est la production de signifiant, et la production de signifiant est inséparable de la production d’unités subjectives, c’est-à-dire de la production d’institutions. La contradiction réside en ceci que les forces productives tendent, d’une part, à assujettir les individus dans des modèles stéréotypés, et, d’autre part, à requérir (avec l’organisation du travail, la formation professionnelle, les innovations technologiques, le recyclage, la recherche, etc.) la production d’unités subjectives de plus en plus élaborées ».  F. GUATTARI, « L’étudiant, le fou et le katangais », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p.235

[62] F. GUATTARI, « La contre-révolution est une science qui s’apprend », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p. 210

[63] F. GUATTARI, « L’étudiant, le fou et le katangais », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p. 237

[64] « Partie de la crise de l’Université la révolution institutionnelle de mai a rapidement posé les problèmes à l’échelle de la société tout entière ». F. GUATTARI, « L’étudiant, le fou et le katangais », Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972], p. 230

[65] D. COLSON, Petit lexique philosophique de l’anarchisme. De Proudhon à Deleuze, Paris, Le Livre de Poche, 2001, p. 287

[66] M. LAZZARATO, Les révolutions du capitalisme, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 2004

[67] F. GUATTARI, Psychanalyse et transversalité. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, La Découverte, 2003 [Maspero 1972]

Version française revue et corrigée par David Bernagout et Jean Zaganiaris

Mise à jour [mai 2015]: Nouvelle correction par Amaryllis Spyrou

Millepiani 39, Eterotopia, 2012, pp. 61-74

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