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Pourquoi j’ai aimé le livre de Stany Cambot [8/3/2016]

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Pourquoi j’ai aimé ce livre :

– C’est un livre anarchiste non pas au sens idéologique (parce qu’il parlerait de la Makhnovtchina) mais ontologique. C’est quoi une ontologie anarchiste ? C’est une ontologie, c’est-à-dire une théorie de l’être, de type spinoziste, qui procède par une mise hors-jeu ou une mise à l’écart radicale de toute transcendance, notamment politique (c’est le geste deleuzien). Ce livre a le mérite de rendre sensible, visible, pensable ce qui, aux yeux de l’Etat, n’a pas lieu d’être ou n’a pas « droit de cité » ; tout ce que le pouvoir d’Etat, instance politique transcendante, unificatrice, centralisatrice, intégratrice et totalisatrice, s’efforce de faire disparaître, de condamner à l’inexistence. Ce livre nous fait découvrir un ou plusieurs mondes aux interstices de l’Etat, bâtards ou impurs, bigarrés, disparates, composites, hybrides, mobiles, nomades. Il sait percevoir et faire percevoir des mondes qui ne respectent pas les frontières étatiques et nationales, et que le pouvoir d’Etat s’efforce toujours d’occulter. En ce sens l’auteur est un voyant au sens de Deleuze. C’est d’une capacité (c’est-à-dire d’une puissance) de perception qu’il s’agit.
– C’est un livre utopique. Non pas au sens où il ferait la promotion ou l’apologie d’un modèle, d’une quelconque « idéalité » (presque au sens psychanalytique) plus ou moins nocive et pathogène. C’est un objet utopique dès lors qu’il remplit la fonction d’ouvrir une brèche dans un établissement humain donné. On entend établissement au sens de la société instituée chez Castoriadis ou comme le psychiatre catalan François Tosquelles qui avait pris soin de distinguer celui-ci de l’institution (au sens plutôt de l’instituant symbolique). Cet objet rend possible un « exercice d’imagination » (Abensour) qui permet de se détourner d’une topie au profit d’une utopie (Landauer), de tracer des lignes de fuite, de fuir et de faire fuir le monde. Ainsi, en matière d’institutionnalisation ou de production d’institutions au sens de Guattari, un objet utopique permet aussi d’imaginer les institutions capables non pas d’intégrer cet élément, de l’apprivoiser, c’est-à-dire de se donner la tâche de maîtriser l’immaîtrisable, de traiter « l’intraitable » (pour parler comme Lyotard), mais de l’accueillir comme un excès, un peu comme les institutions psychiatriques à la Clinique de La Borde qui ont vocation d’accueillir et d’accompagner la folie (imaginer, par exemple, des institutions politiques fédérales ou fédératives, non pas au sens de l’Union Européenne mais à celui du « principe fédératif » de Proudhon, ce qui nous permettrait de sortir de l’alternative entre souverainisme et Union Européenne et de se détourner d’une topie au profit d’une utopie). Cela nous amène à notre troisième point.
– C’est un livre excentrique ou excentré (pour reprendre le mot de la théoricienne Teresa de Lauretis à propos d’une forme de subjectivité), par rapport à ce Centre qu’est l’Europe, à savoir un livre sans eurocentrisme. Les frontières nationales et étatiques en sont trouées, bouleversées, brassées les unes avec les autres, et ce des deux côtés de la méditerranée (même si la méditerranée, contrairement aux Caraïbes et comme le faisait remarquer Edouard Glissant, n’est pas moins un espace clos). J’apprécie particulièrement la reprise du concept d’orientalisme à Edward Saïd dont la démarche a tant de mal à passer en France et ce pour des raisons, historiques, de fond. Et contrairement à tous les Régis Debray et autres Finkielkraut, nostalgiques de toutes sortes de frontières, ce livre fait l’éloge si ce n’est l’apologie du nomadisme.

Ben Matsas

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